Critiques polémiques

 

 

Séquence du viol, certainement une des plus choquantes du film.

Justement, nous choisissons de ne pas vous la montrer. Une des plus choquante, et une des plus célèbre, ou Alex épluche littéralement la femme comme une orange, après avoir saccagé la maison et brutalisé le mari. l'image si-dessus est la plus fameuse de la scène et  aussi du film encore une fois. Alex s'adresse directement au spectateur tout en s'adressant au mari. La nonchalence d'Alex, qui chantonne en déshabillant la femme, allié a l'horreur de l'acte accentue le côté malsain et violent de la séquence.

 

La critique de la violence est omniprésente, c'est la source de la polémique.

 

- En France, les critiques négatives sont moins virulentes, déjà axées sur l'esthétique...

"On ressent un sentiment d'horreur..." >> Extrait video de M Perreau (0:58) "C'est un film marquant..." (2:10)

Des critiques dénoncent la violence et lancent un appel à la prudence, mais rien ne nourrit un scandale notoire en France.

"En France, je ne me rappelle pas qu'il y ait eu une levée de boucliers, mais..." (3:36)

Le Monde, Jean de Baroncelli, 22 avril 1972 : "quarante premières minutes terrifiantes, (...) c'est une vraie sauvagerie. La violence est au coeur de ce film. Elle en est la matière première. La violence est comme le pain quotidien de notre monde moderne, incrustée au plus profond de l'homme. (...) C'est la satire du formalisme britannique, de la sottise administrative, de l'hypocrisie inhérente à nos méthodes de répressions"

On remarque que les critiques français ont directement compris le message et à qui il était adressé.

Wikipédia, Orange Mécanique, d'après un journaliste de L'Humanité : "C'est un film d'ultraviolence quand ce n'était pas encore la mode, "Orange mécanique" est barbare, à l'image de ses héros sadiques balayant toute tentative de bonté sur leur passage."

 

*Une dame interrogée était au collège lors de la sortie d'Orange Mécanique. Elle racontait qu'un jeune professeur d'allemand d'environ 25 ans leur parlait du film, en leur disant qu'ils devraient attendre avant de le voir (interdiction aux -18 ans) mais qu'il était essentiel de le visionner au moins une fois. Dans les cours de récréations, on abordait le sujet, parlant "DU film choc événement, interdit aux mineurs". C'est de cette façon que passait la polémique en France, sans haine à l'égard du film, seulement comme une sorte de fascination interdite pour celui-ci. Et c'est cette interdiction qui nourrissait le bouche à oreille autour d'Orange Mécanique.*

 

>> Contrairement aux conséquences que le film a entrainé au Royaume-Uni, la sortie de "Orange mécanique" n'a pas été suivie d'une vague de violence, en "imitation" au film. Le film était de toute façon interdit aux mineurs, ce qui a certainement constitué une barrière aux délinquances juvéniles.

 

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- Au Royaume-Uni, le phénomène prend une toute autre ampleur...

La violence est au service de la dénonciation de l'Etat

Laurent Zecchini pour Le Monde du 08/05/1993 "Ce film est, encore en Grande Bretagne un film tabou, trop violent pour les Britanniques"

"Les juges, les policiers, les hommes politiques et les journalistes en viennent au même verdict : le film est dangereux"  

Un psychologue français interrogé : "le film est trop violent, (...) il dénonce l'état, il est violent parce que l'être humain aime cela"

C'est une dénonciation de la société et de l'état. La violence du film est le miroir de l'attirance recluse de la brutalité pour les hommes et c'est cela que Kubrick montre.

Le film vise directement l'état et dénonce ses failles : Kubrick utilise le choquant pour faire comprendre le message. Le public anglais est bel et bien secoué, mais pas par le fond et la dénonciation implicite du film. Il n'est choqué que par la violence physique présente, et par la forme du film. Sur ce point là, le public anglais n'a pas su trouver cette richesse.

 

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Le film n'est pas sans conséquence. Il a, en effet, fait l'objet de violences non négligeables, qui furent signalées au Royaume Uni.

Laurent Zecchini pour Le Monde du  08/05/1993 "espace européens" :

"Un inventaire de tabassages, de viols et de meurtres, qui seraient directement inspirés par le film de Kubrick, a été fait."

"Le film était directement responsable d'un vague de violence 'par imitation'. Alex, le personnage principal qui bastonne les mendiants et viole les femmes en fredonnant "Singing in the rain", avait fait trop d'émules."

"La satire sociale du système de répression et du formalisme britanniques passent inaperçus, de même que l'extravagance de cette farce brutale, et l'on retient une célébration crue des 'forces du mal' propre à donner de mauvaises idées à une jeunesse déboussolée."

Inévitablement, ceux qui sont considérés comme les fautifs de ces troubles sont mis en accusation :

->Wikipédia Orange Mécanique (source inconnue) : "La mort de Kubrick en 1999 a permis de débloquer les droits sur ses films. O"range mécanique" est depuis peu distribué en DVD, ce qui permettra à un large public de redécouvrir ce film d'autant plus mythique qu'il a été peu vu dans son intégralité. Le caractère choquant et provocateur du film de Kubrick ne manqua pas de susciter des réactions hostiles lors de sa sortie.    

-> Anthony Burgess, qui avait participé à la campagne de promotion du film dans les médias, fut lui aussi mis en accusation en tant qu'auteur du roman original. Il se défendit d'avoir fait l'apologie de la violence et présenta son roman comme un "sermon chrétien". Cette défense parut sans doute peu convaincante, et la campagne de presse attribuée à l'influence néfaste du film et du roman. Le film avait une réputation sulfureuse.    

-> Le film sort en 1971 assorti d'une interdiction aux moins de 18 ans dans la plupart des pays. Les scènes sont volontairement choquantes et assurent le succès de scandale du film. Stanley  Kubrick demande à Warner de  retirer le film des salles de cinéma britanniques en raisons de violences inspirées du film et de nombreuses lettres de menaces en dépit de son grand succès. Fait unique, la société de production obtempère et le film est retiré."  

>> Le film soulève donc une vague bien réelle de violence, surtout parmi les jeunes. La dénonciation de l'état ajoutée à ces incidents font de Kubrick un coupable au Royaume Uni. Les autorités accusent directement le film d'incitation à la violence (on peut alors se demander si les autorités n'étaient pas aussi gênées par les attaques du réalisateur au sein de son film). Kubrick reçoit même des lettres de menace vis à vis de sa famille. Il décide donc de faire retirer le film de la plupart des salles britaniques. Aucune chance alors que les spectateurs Britaniques soient sensibles au message du film : "Au Royaume-Uni, comme toujours, on s'intéresse davantage aux faits qu'aux idées" Il faudra en effet attendre que "les temps passent" et que l'émoi se tarisse pour que le tabou disparaisse peu à peu.

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>Un film interdit aux mineurs, en tout cas à l'époque de sa sortie... De nos jours, il est possible d'acheter le DVD étant mineur, car la censure a été diminué jusqu'à atteindre seulement l'interdiction aux moins de 16 ans.

Wikipédia, Orange Mécanique : "Le film sort en 1971 assorti d'une interdiction aux moins de 18 ans dans la plupart des pays."

>On a vu que les scènes de violence extrême étaient porteuses d'un message, d'une dénonciation. Etait-ce la seule raison pour mettre en scène une telle violence ? Le but n'était-il pas aussi commercial ? Car en effet les gens se ruent dans les salles pour voir le film dont on dit qu'il est le plus scandaleux jamais réalisé. La violence sert-elle d'appât du gain ?

Les scènes sont volontairement choquantes et assurent le succès de scandale du film.

 Interrogeons nous sur le contexte social de l'époque de sortie. Le film, sorti en 1971 aurait pu être porté par les remous des années célèbres et mouvementées 1968-1969 ? Années de révolte sociales donc, mais aussi cinématographique ?

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Le film poursuit son cheminement à travers les années, jusqu'à nos jours...

"Opposition de la violence des jeunes à la répression de l'Etat. (anticipation juste). Depuis 25 ans , l'impact d'un métrage novateur, fascinant et toujours d'actualité reste inchangé malgré les décors seventies très datés." Virgile Dumez, critique cinématographique sur aVoir-aLire.com

"Avec le temps le film de Stanley Kubrick Orange mécanique ne cesse de gagner ; les temps passent mais les problèmes soulevés par ce dernier persistent." Jean-Pierre Oudart, critique cinématographique sur dvdklassik.com

Le coté futuriste que donne Kubrick au film signifie peut-être selon lui, que les problèmes sociaux abordés sont ancrés dans le passé, le présent (1971), mais aussi le futur, c'est-à-dire notre époque ! Kubrick savait peut-être que ces problèmes étaient récurents, que la société n'est pas prête de les régler. Encore aujourd'hui d'ailleurs, et il est facile de l'observer, une certaine fascination plane autour du film. Chez les jeunes, les adjectifs "génial" mais aussi "dérangeant" reviennent souvent lorsque l'on en parle. Le malaise subsiste donc, mais dans une moindre mesure. Les spectateurs demeurent dérangés voire encore choqués, mais on est loin de l'émoi des années 70. Le film a vieilli. Ce n'est plus ce genre de violence qui choque. Le public est maintenant bien plus impressionné par les films gores où le sang gicle abondamment. C'est une violence gratuite, banale et purement physique, sans fond ni but autre que de dégoûter. Ce n'est plus la violence esthétisée qui donne à réfléchir.  

L'évolution des réactions vis à vis de "Orange Mécanique" reflète alors l'évolution de la société.

"Le film peut être moins marquant aujourd'hui..." >> Extrait video M Perreau (2:37)

Michel Chion, Kubrick - L'homme ni plus, ni moins : " Vingt ans plus tard, "Orange Mécanique" est le film de Kubrick qui a le plus mal vieilli (seules les premières 20 minutes tiennent le coup) tant par ses excès démonstratifs que par le jeu outré de certains acteurs  ou dans le futurisme aujourd'hui suranné de ses décors (...) Orange mécanique expose l'échec de la culture dans son rôle civilisateur."

 

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Enfin, on peut signaler que "Kubrick s'attaque toujours à des sujets forts", qui ont par la suite entrainé de diverses censures. Par exemple avec le film Lolita tiré de l'oeuvre de Nabokov, où le sujet principal est la pédophilie.

 

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Transition : Lorsque polémique et esthétique se mêlent.

La séquence de passage à tabac du clochard. 

 

 

 

 

 

Cette séquence est la seconde du film, elle commence par un gros plan de la bouteille d'alcool que l'ivrogne tient, puis on observe un travelling arrière aboutissant à une vision globale de l'homme et de son environnement. On remarque alors que le lieu pourrait être la représentation d'une une salle de cinéma. De la lumière arrive hors champ, de derrière la caméra, et quatre ombres apparaissent, longues et diformes, que l'on peut associer à des matraques, allégorisant la violence. Cette distortion donne à leurs ombres projetées la forme même de leurs armes. Le spectateur commence à s'attendre à ce qu'il y ait un acte cruel. La position de la caméra se substitue aux yeux du spectateur. Ces longues ombres surgissant du bord inferieur à l'écran donnent à voir une violence qui jaillirait du spectateur même. Dans le plan suivant, les quatre hommes apparaissent frontalement, en contrejour par rapport une sorte de rectangle blanc lumineux, qui se découpe dans la profondeur de champ, et qui n'est pas sans rappeler l'écran dans un cinéma. Les délinquants représentent alors la violence et sortent de l'écran, comme entrant dans le film, renforcant l'idée que la sauvagerie prend source des yeux du spectateur. Le but de Kubrick est alors de représenter la mauvaise facette de l'Homme, celle que celui-ci cherche à se cacher (cf intro : la citation de Kubrick, où il exprime clairement cette idée). En prévoyant, même inconsciemment le passage à tabac qui va suivre, le spectateur provoque cette violence. Kubrick se sert de cette culpabilité pour exprimer la cruauté inconsciente, cachée dans l'esprit de chacun. On y voit ici une justification esthétisée de la violence, omniprésente dans le film. En effet, même si on assiste à un passage a tabac choquant, le réalisateur rend le spectateur coupable au moyen de techniques cinématographiques très élaborées et riches, que l'on peut analyser d'une multitude de manières. La narration est aussi riche que le récit, voire plus encore...

Michel Chion, Kubrick - L'homme ni plus, ni moins : "Le trouble de ce film ne vient pas de la violence en elle même (on a vu pire, plus sanguinolent) mais de sa mise en scène et de son esthétisation. Les critiques qui n'ont pas interprété tous les sens du film ont accusé le cinéaste d'avoir donné un visage séduisant à la violence"

 

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